En ce moment nous entendons pas mal parler des aidants sexuels pour les personnes en situation de handicap. Plusieurs d’entre vous sont venus m’interroger à ce propos, aussi me suis-je dit qu’il était important que je vous en parle ici.

Pour autant, je ne suis pas sûre d’être la mieux placée pour aborder le sujet : ayant récupéré toutes mes sensations en plus d’une motricité plutôt correcte, je ne suis pas dans le cas de détresse auquel souhaite répondre ce projet de loi. L’assistance sexuelle est à l’heure actuelle assez mal accueillie, par encore pas mal de monde, mais remettons les choses dans leur contexte.

Ce que l’on connaît et ce que l’on imagine

La plupart des gens ont vu le film Intouchable n’est-ce pas ? Il est abordé à un moment que le seul endroit où le personnage principal, tétraplégique sévère, ressent du plaisir se situe au niveau des lobes d’oreilles. L’auxiliaire de vie incarné par Omar Cy fait alors appel à des professionnelles du sexe pour lui offrir une soirée de plaisir. Mais cette professionnelle est donc tenue de ne lui toucher que les oreilles puisqu’ailleurs il ne sentirait rien.

Le terme « assistant sexuel » choque souvent car il est amalgamé avec tout un tas de choses taboues en rapport avec les pratiques sexuelles professionnelles. Seulement le but ici n’est pas de répondre à une simple envie, mais bien à un besoin complexe. Et ça n’inclut pas toujours un acte que l’on rangerait d’ailleurs dans la catégorie « sexe ». Est-ce que tripoter les oreilles de quelqu’un est considéré comme un acte sexuel ?

Ce qui serait logique

Maintenant, que tout cela devienne officiel ne serait-il pas mieux que caché dans l’ombre comme ça l’est aujourd’hui ? Est-ce que créer une pratique voire un métier à part entière de façon encadrée, réglée et protégée ne serait-il pas plus sain que de laisser faire les choses n’importe comment ?

Qui se donne le droit d’interdire à un homme ou une femme de ressentir le moindre plaisir jusqu’à la fin de sa vie parce qu’il a un handicap, qu’il faut bien qu’il se fasse une raison ? Parce que tous n’ont pas la chance d’avoir ou de trouver un compagnon, devraient-il renoncer à tout ?

Certains réfractaires le sont parce qu’ils apparentent l’assistanat sexuel à la prostitution, mais en 2020 y a-t-il encore des gens choqués par le plus vieux métier du monde ? Pour croire qu’il n’existe pas ou plus ? Si les deux parties sont consentantes, quel droit avons-nous de juger cette pratique (si les deux parties sont consentantes, je le répète et insiste bien là-dessus) ?

Ce qui en découle

Aujourd’hui si une organisation propose de mettre en relation des personnes en situation de handicap et des accompagnants sexuels, elle peut être dénoncée pour proxénétisme. Alors que le rapport avec son propre corps, difficile lorsque ce dernier ne fonctionne plus à 100%, passe par la sexualité et la connaissance de soi, de ses plaisirs. Ainsi donc priver une personne d’assistance sexuelle serait la freiner dans la reconnexion avec elle-même et c’est à mon sens tout aussi condamnable.

D’ailleurs visiblement beaucoup l’ignorent… délibérément !

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