Il m’est arrivé une micro-mésaventure qui m’a chafouinée (oui j’utilise ce mot, je l’aime). Il se trouve que je suis une personne assez bon public, et j’ai toujours aimé écouter et/ou regarder des sketchs d’humour.

Petite genèse de l’histoire

Comme tous les enfants de ma génération, ça a commencé par ce que j’entendais sur la radio Rire et chansons, que mettait mon père dans la voiture quand il nous emmenait, mes frères et moi, à l’école. Il y a bien eu aussi quelques VHS des spectacles d’humoristes que mes parents aimaient : les Pierre Palmade, Michel Laroque et Muriel Robin.

En grandissant je me suis intéressée à ce à quoi mon frère aîné s’intéressait… comme les Nuls et les Inconnus jusqu’à ce que je prenne mon indépendance (aussi) intellectuelle. C’est à partir de ce moment là que j’ai pu élargir mes horizons : j’ai découvert ce que l’on appelle « la nouvelle génération » d’humoristes, en partie grâce à l’émission de télévision « On ne demande qu’à en rire » et aux vidéos YouTube du Jamel Comedy Club. J’ai pu créer mon petit palmarès dans ma tête, de ceux dont j’aimais l’humour sans que je ne sois influencée par le goût des autres.

Ainsi aujourd’hui, je sais qui est dans ma liste des spectacles à voir et dans cette liste, j’ai failli pouvoir rayer un nom avec l’annotation « Fait ». Je dis bien « failli ».

Ça n’avait pourtant pas si mal commencé…

En effet il y a quelques jours, un artiste que je suis beaucoup notamment via sa chaîne YouTube a lancé les pré-ventes de son nouveau spectacle. Heureuse de pouvoir en profiter, emploi du temps de l’automne encore relativement disponible (merci Covid), j’envoie un message à ma meilleure amie pour la mettre dans l’affaire et que l’on se mette d’accord sur une date commune. En deux temps trois mouvements c’était réglé, nous savions quand y aller, comment y aller, et nous envisagions même de rester dans le coin quelques jours supplémentaires pour rentabiliser le déplacement au maximum. Ne restait plus qu’à payer les places, déjà dans notre panier virtuel.

Seulement mes quelques années de vadrouille en fauteuil derrière moi m’ont bien vite enseigné à faire preuve de prudence. Avant de se rendre à un endroit, même touristique ou culturel, j’ai pris l’habitude d’en vérifier l’accessibilité. Et oui. Je me rends donc sur le site internet du théâtre où se dérouleront les festivités, à la recherche des infos qui me sont essentielles.

L’absence qui met le doute

Rien. Pas un logo, pas un mot, pas la moindre indication. La section « Informations pratiques » n’aborde que des sujets géographiques ou administratifs, quant à la FAQ (Foire Aux Questions), elle ne fait mention à aucun moment des personnes en situation de handicap. C’est mauvais signe. D’autant qu’en me baladant un peu dans les différents onglets je crois apercevoir un paragraphe vantant l’historicité du lieu.

Je décide d’appeler pour en avoir le cœur net. En vain. J’envoie un mail, toujours pas découragée, et la réponse le lendemain est sans appel : pas de toilettes accessibles et une ou deux marches à l’entrée du bâtiment impliquant que je sois aidée. L’échec. La déception. La frustation.

Puis l’indignation.

La réalité n’est pas douce

Un accès à la culture m’est refusé. Parce que je suis en fauteuil. Et me voilà Être inadapté dans un monde qui se targue d’être moderne, un pays dit civilisé. Mais où est passé l’égalité dont se vante la France ? La liberté ? La fraternité ? Je ne retrouve aucun des trois dans cette mésaventure qui est loin d’être inhabituelle. Il n’y a pas d’égalité sans inclusion, pas de liberté sans accessibilité et pas de fraternité sans action d’adaptation.

Je voudrais aller voir le nouveau spectacle d’un humoriste que j’adore et je ne peux pas. Parce que je suis en fauteuil. Fauteuil que je n’ai pas choisi d’avoir. Je me sens comme une petite fille qui ne peut pas regarder le film qu’elle avait envie de voir parce que l’étagère sur laquelle est rangé le DVD est trop haute. Et parce que personne n’a de solution pour que cette petite fille puisse le prendre par elle-même. Sauf que je suis une adulte. Aujourd’hui j’ai vingt-huit ans et je ne comprends pas que je doive renoncer à quelque chose pour des raisons face auxquelles je ne peux rien.

Ne pas avoir de budget, ne pas avoir de temps, avoir peur d’aller quelque part seul(e)… sont des excuses normales, que l’on peut parer. Mais s’interdire un divertissement parce qu’il dure deux heures, et que si j’ai envie de faire pipi il n’y aura pas de toilettes où je puisse rentrer, c’est ridicule. Vous imaginez, vous (valides), qu’à l’entrée d’un théâtre on vous dise que les seules places qui vous restent sont tout en fond, à côté de la porte et debout ? Pendant deux heures ? Alors que vous avez payé votre place au même tarif que tout le monde ?

Parce qu’il ne faut pas se leurrer : s’il n’y a pas de WC accessibles et que l’entrée n’est pas adaptée non plus, vous vous doutez bien que dans la salle, personne n’aura pris en compte la possibilité qu’un fauteuil soit présent. Il n’y aura donc pas de place prévue et il faudra se « parquer » dans un coin sûrement loin de la scène. Qui a envie de ça ?

Triste injustice ignorée

Je suis en fauteuil, je suis autonome, je suis une femme indépendante, je suis une citoyenne française et alors que je vis au vingt-et-unième siècle, je ne peux pas aller dans n’importe quel bureau de vote. Je n’accède pas à tous les musées, théâtres, salles de cinéma que je croise et je ne peux pas avoir n’importe quel métier n’importe où. D’ailleurs si j’étais encore étudiante je ne pourrais pas choisir n’importe quelle école non plus. Je ne peux même pas aller dans n’importe quel cabinet de médecin, kiné, osthéo, scanner, radiologie… Si ça n’est pas un comble !

Et vous trouvez ça normal vous ? « Non » vous allez me dire. Alors pourquoi est-ce que ça bouge encore si peu, dites-moi ?

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