Il y a quelques jours, j’ai rencontré un homme dont j’admire le travail depuis que je suis enfant, et j’ai découvert que comme nous tous il est humain… avec ses préjugés et ses maladresses.

Madeleine de Proust…

Je n’ai jamais été la fan d’une célébrité. Pas de posters d’acteurs dans ma chambre étant ado, ni de compiles passées en boucle d’un seul et même chanteur. Pas d’argent dépensé en goodies ou de collections extravagantes non plus. Malgré tout et comme chacun d’entre nous, mon enfance a été accompagnée de livres, de films, de bandes dessinées et de musique. C’est donc avec émotion, tendresse et nostalgie que j’ai vu en chair et en os, mon « illustrateur préféré de tous les temps » à l’occasion d’une manifestation culturelle dans la ville dans laquelle j’habite.

L’une des séries de BD dont il est l’auteur a sans aucun doute contribué à mon amour de ce genre. Loin des Spirou, Tintin ou Gaston Lagaffe, le dessin y est complexe et dense, l’histoire sombre et intense. Lorsque je l’ai découverte pour la première fois, je n’avais clairement pas l’âge d’ouvrir ce style d’ouvrage dans lequel certaines illustrations sont violentes, d’autres osées. Mais piqué au père ou au frère aîné une petite heure le temps de le lire et hop ! Ni vu ni connu, l’univers avait envahi mes yeux et mon esprit.

Quand cet homme dont je ne connaissais finalement que peu le visage s’est mis à parler devant la petite assemblée dont je faisais partie, je n’ai pas été déçue. Comment l’expliquer ? Il est comme il raconte et dessine, sans doute est-ce cela. Il a un parcours passionnant à écouter qui l’a amené à vivre tantôt en France, tantôt au Québec. Il a rencontré et travaillé avec tout un tas de figures du milieu de l’illustration, a mené à bien des projets différents avec des objectifs personnels comme des objectifs tournés vers la sensibilisation, la société. Il m’a semblé ouvert d’esprit et bien sûr, très cultivé.

 

… Et rappel au présent

Pour autant je me suis rendue compte des limites de la connaissance de tout un chacun. On ne peut apprendre que de ce que l’on rencontre. Sans rencontre il n’y a pas d’apprentissage donc pas de connaissance et de ce fait, ce sont les préjugés, les suppositions et les interprétations qui prennent la place de la vérité. De temps en temps elles ne sont pas si éloignées. De temps en temps seulement… C’est ainsi que je soupçonne cet homme devant lequel je me suis retrouvée toute intimidée, de n’avoir jamais eu l’occasion de côtoyer la moindre personne en situation de handicap. Et pour ça il n’a fallu qu’il ne me dise que deux phrases : « Si ça n’est pas indiscret, vous en avez pour longtemps en fauteuil ? Parce qu’une belle femme comme vous qui a l’air en forme… »

Alors oui, c’est indiscret, mais j’ai ou plutôt « nous avons » l’habitude. Quant à la beauté, outre que c’est une appréciation très subjective (reçue avec gratitude cependant), ça ne donne à personne le moindre mérite. Beau, laid, riche, pauvre, vieux ou jeune, personne ne mérite de vivre le handicap, c’est « dommage » pour tout le monde. Enfin, ça n’est pas parce que nous sommes en fauteuil que nous allons nous laisser aller. Donc non, effectivement, nous ne sommes pas tous obèses, sales, mal fringués ou chômeurs.

Je conserve toute mon admiration pour un savoir-faire (et être !) inégalable, mon affection pour celui qui a accompagné mes lectures des heures durant, et je le remercie encore pour tout autre chose cette fois : la preuve qu’il m’apporte que mon travail est loin de se finir. La sensibilisation sur le handicap est encore à mener, car l’ignorance du sujet ne suit pas de règles, elle peut être en chacun quels que soient le milieu social, les capacités intellectuelles, le parcours professionnel, l’expérience personnelle…

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