Nous parlons du handicap, nous parlons du handicap. D’accord, mais à quoi ça correspond finalement ? Vais-je écrire un article sur la paralysie ? L’amputation ? Les troubles mentaux ? Cognitifs peut-être ? À moins que je n’aborde l’ignoble injustice de la distribution des cartes qui fait que de temps en temps je me retrouve avec une en moins pour commencer une partie ?

Ce terme fourre-tout

Et bien oui ! Le mot “handicap”, nous le mettons à toutes les sauces, nous l’utilisons pour tout et rien ; un coup pour évoquer du sérieux, un coup pour plaisanter et personne ne sait finalement quelle attitude adopter face à cette expression répandue.

Un homme dans un lit d’hôpital capable de ne bouger que les yeux, ne vivant que par les tuyaux qui l’alimentent a un handicap.

Un enfant qui a subi de graves brûlures étant obligé de surveiller constamment sa respiration a un handicap.

Une jeune femme dont une cervicale s’est déplacée, en fauteuil car ses jambes ne la portent plus a un handicap.

Un bras ou une jambe en moins, une maladie dégénérative, une cécité, un trouble obsessionnel compulsif (TOC), un souffle au cœur, une paralysie ciblée, … et on parle de handicap.

Mais une grossesse, un orteil cassé, un bon gros rhume, une raquette abîmée pour jouer au tennis… et le mot revient pour des choses aussi simples et fréquentes que celles-ci.

“Je pars avec un handicap” est une expression que j’entends souvent et que je suis parfois sur le point d’utiliser avant de me rendre compte que ce serait absurde. Parce qu’entre mon handicap qui fait que je me déplace sur quatre roues plutôt que sur deux jambes et celui qui fait que je serai plus en retard à la soirée que Bidule parce que je dois passer par une zone en travaux (et pas Bidule), inutile de vous dire duquel je me passerais plus que l’autre !

 

Ce terme mal-aimé

Étrangement, si “handicap” fait partie du langage commun, il n’en est pas de même pour le mot “handicapé”. Pourquoi ?

Rajoutez un “é” et voici l’effet tabou qui pointe le bout de son nez (voire le nez complet tant qu’à faire). Il nous paraît laid, avilissant, rabaissant, abrutissant même, comme si l’on parlait de lèpre ou de choléra. “Handicapé”. Toute suite l’image du gars qui bave dans son fauteuil. Et pourtant.

Pourtant je suis handicapée et j’ai toute ma tête. Je suis handicapée et je voyage. Je suis handicapée et j’ai des amis. Je suis handicapée et j’ai un travail. Je suis handicapée et je sors…

Tout ça, ça ne devrait pas étonner autant de personnes. “Handicapé”. Même moi j’en suis venue à ne pas aimer ce mot, surtout s’il me désigne. Alors que.

Alors que je le suis, que ça me plaise ou non.

Certains m’ont déjà demandé pourquoi j’utilise toujours le terme “handi” plutôt que celui d'”handicapé”. Pour la vision que ça donne. Évoquez l’handicapé et en face on s’imaginera la personne coincée dans son fauteuil roulant, pauvre créature triste et malheureuse qui ne peut rien faire de sa vie. Utilisez “handi” et déjà le cas paraît moins grave. C’est que ça a la peau dure les préjugés, encore plus lorsqu’ils émanent de la société elle-même. On grandit avec, comme conditionnés à relier le mot “chien” à l’animal poilu sur quatre pattes, et à relier le mot “handicapé” à un sentiment de pitié. Et lutter contre ça, c’est dur.

 

Ce terme parfois caché

Cela dit, il existe des situations dans lesquelles ce mot pourtant dégradant, on aurait envie de se le coller sur le front. En fauteuil, pas besoin, notre destrier fait office de preuve (et encore, parfois certains arrivent à se demander si on ne ferait pas semblant : ben oui, c’est si amusant de “jouer” à galérer), mais pour certains handicaps, invisibles au premier abord, c’est une autre histoire. Pour espérer avoir une place assise dans le bus, justifier de s’être garé sur une place de stationnement réservée, faire comprendre au boulot que la fatigue ne vient pas d’une nuit trop courte ou d’une soirée trop arrosée, il faudrait se promener avec un panneau “handicapé” dans le dos. Car les valides partent souvent du principe que dans le domaine du médical si ça ne se voit pas, ça n’existe pas. Vous imaginez la vie que ce doit être, de supporter son handicap, mais d’en plus devoir le justifier et le remettre sur le tapis tout le temps ? Moi je me bats pour que les gens l’oublient, mais je sais que certains auraient besoin qu’au contraire il soit reconnu.

Un handicapé, ce n’est pas juste un vieux sur un fauteuil. Un handicapé ça peut être un jeune (voire un enfant). Un handicapé peut être une femme (il y en a même des jolies, incroyable mais pourtant vrai !). Un handicapé ça peut être quelqu’un qui marche, mais qui souffre constamment. Un handicapé peut être quelqu’un d’heureux, même s’il jure beaucoup contre ses membres désobéissants lorsqu’il est seul (“Elle ne parlerait pas un peu d’elle là ?” Si, un peu…) Un handicapé ça peut être. Tout simplement. Et ça ne devrait pas rester un mot qui fait peur.

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