Il y a une chose qui m’agace particulièrement dans la façon que certains valides ont de considérer une personne avec un handicap comme n’étant pas vraiment là. Voire pas humaine. Ils nous ramènent au rang d’enfant ou pire, à celui d’objet.

 

Qu’est-ce qu’il veut ce monsieur ?

Cette phrase, je l’ai entendue si souvent en centre de rééducation que j’ai arrêté de compter, même si à chaque fois ça m’écorchait autant les oreilles. Pour ceux qui auraient vu le (très juste) film Patients, est très bien montrée cette manie qu’ont une partie des gens de s’adresser à nous… Mais à la troisième personne !

“Alors comment elle va ce matin ?

– Oh bah elle je ne sais pas mais moi pas trop mal…”

Lorsque ce sont des soignants, ça me choque moins car je me dis que ce doit être une manière de se détacher, de se protéger un peu de tout ce qu’ils peuvent voir du malheur humain. Mais pour ce qui est des dames du réfectoire, de la caissière du supermarché ou du monsieur croisé dans la rue, non, je ne comprends pas. Est-ce parce qu’ils ne savent pas s’ils doivent nous tutoyer ou nous vouvoyer qu’ils utilisent ce stratagème ? Parce que le sentiment que ça donne, c’est surtout un manque d’intérêt particulièrement présent. Ou un rabaissement aussi… J’ai l’impression en entendant ce genre de tournure de phrase que la personne qui s’adresse à moi me prend pour une débile. Mais si je ne peux pas marcher, j’ai toute ma tête, alors je n’ai qu’une envie dans ces cas-là c’est de l’ignorer. Seulement voilà, j’ai été bien éduquée donc je réponds malgré la maladresse de la question. Je m’arrange juste pour que, dans ma réponse, mon interlocuteur se rende compte de l’absurdité de son langage.

Maintenant attention, il y a certaines régions où le fait d’utiliser la troisième personne en s’adressant à quelqu’un fait partie du patois du coin, il faut savoir faire la différence et ne pas crier à la discrimination là où il n’y a que veilles expressions !

 

Prends ton ballon, va jouer sur la route.

Je ne sais pas ce qui est le pire. Être pris pour une demeurée ou être considérée comme si j’avais sept ans. Entre la peste et le choléra mon coeur balance.

Il est quand même très agaçant d’être déresponsabilisé ou mise de côté par le simple fait d’être en fauteuil. Ainsi il n’est pas rare que les gens s’adressent à mes amis ou ma famille comme s’ils étaient mes “accompagnants”, non des proches avec qui je passe du temps ou avec qui je sors. Et lorsqu’il s’agit d’interrogations ou de discours sérieux, même si ça me concerne, de leur parler à eux plutôt qu’à moi. Par exemple, lorsque j’ai fait le tour des concessionnaires pour me décider quant à la voiture que je voulais (que je voulais moi, pour moi), mon père m’accompagnait pour avoir un point de vue supplémentaire, expérimenté qui plus est, à disposition. Et à qui l’on demandait si je souhaitais des sièges baquet ou des sièges plats ? À celui qui n’aurait l’occasion de monter dans le véhicule qu’une fois de temps en temps pour m’éviter la corvée de la pompe à essence. Normal.

De la même façon lorsque je suis allée à New York, je me suis un jour arrêtée à un étal pour m’acheter une écharpe. C’est moi qui ai échangé avec la vendeuse, moi qui ai choisi la couleur de la dite écharpe, encore moi qui ai payé. Mais à qui a-t-elle donné le sac et rendue la monnaie ? À l’amie avec qui je me trouvais alors (qui ne s’y attendait pas en plus).

 

Alors une bonne fois pour toutes

Le handicap, ça ne touche pas toujours le mental. Nous sommes des personnes normales. Les handi adultes sont bien adultes et si notre caractère n’est pas trop soupe au lait, on peut même avoir des amis ! Encore plus fou : on n’est pas obligés d’avoir quelqu’un en permanence pour nous aider. Il y en a. Mais pas tous. Et en ce qui me concerne, aller au cinéma toute seule ça ne me serait pas compliqué mais c’est beaucoup plus sympa d’y aller entre amis. C’est d’ailleurs ce qu’ils sont, des amis. Pas des accompagnants, pas des soignants ni des membres d’une association “pour handi”. Et même lorsqu’un handi est atteint au niveau mental, il mérite qu’on lui parle avec respect.

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